Récit d'un voyage
dans les péninsules
Gaspésienne et Acadienne
en 2000

AVANT-PROPOS

C’est sans prétention que je raconte mon odyssée autour des péninsules gaspésienne et acadienne. Comme citadine, été après été, je rêve des grands espaces qui me permettent de respirer l’air pur et d’adopter un rythme de vie plus naturel. Je pars accompagnée de mon homme Jean-Guy, mon adorable petit chiot Toby et Mlle Pélagie, vénérable motorisé classe «C». Je ne sais pour quelle raison je me suis attachée à cette vieille demoiselle, mais elle est pour moi une amie fidèle qui m’offre la chaude hospitalité de ses entrailles ainsi que la fiabilité de son comportement sur les routes nombreuses que nous avons sillonnées depuis son acquisition. Mlle Pélagie n’est pas un motorisé quelconque, il émane de sa personne un fluide mystérieux que seuls ses occupants peuvent palper et apprécier. Par ailleurs, dans ce récit, je parle à plusieurs reprises de Pélagie comme une entité.

                    Améthyste

Au mitan de juin, l’heure du départ a sonné. Après avoir fait les adieux de circonstance à nos enfants, voisins et amis immédiats, nous nous dirigeons vers l’Îslet-sur-Mer au camping municipal Rocher-Panet. Voyager sereinement au coeur du Québec, explorer, découvrir, s’émerveiller comme des enfants, rien de tout cela ne serait aussi fantastique sans longer notre majestueux fleuve Saint-Laurent. D’ailleurs, le guide extraordinaire de cette voie d’eau, l’une des plus importantes au monde, a donné jadis naissance, à la route des Navigateurs.

Nous roulons allègrement en écoutant sur un CD la voix chaude et prenante de Joe Dassin quand tout à coup, la radio toute neuve décide de faire des siennes. Le lecteur CD éprouve le  mal des transports et se met en marche quand bon lui semble. Bah ! rien ne sert de se mettre en rogne, à l’instar de la température capricieuse, nous avons de la musique par intermittence.

Arrivés à destination, nous optons pour un emplacement ayant une vue qui donne directement sur le fleuve et ainsi être les témoins privilégiés d’un magistral coucher de soleil dans son apothéose. Déjà, je prends mon appareil photo pour fixer sur pellicule ces moments magiques pendant que Toby, mon petit chiot poméranien de sept mois, gambade en tous sens, museau au vent, pour mieux apprécier les lieux. Il se comporte déjà comme un grand voyageur et adore découvrir, humer, et sauter à pieds joints en bordure des grands espaces salins.

Bien en vue sur le fleuve, la longue bande de terre verdoyante de l'Île-aux-Oies, dont l’Île-aux-Grues fait partie intégrante, s’étire paresseusement tel un crustacé flottant au gré des courants.  Les voyages sans incidents sont comme des journées sans nuages, à la longue, cela devient emmerdant. Ce matin, comme je voulais enrouler la toile arrière, cette dernière se rebiffe et se brise comme pour me faire un pied de nez. Je suis vraiment décontenancée, mais qu’à cela ne tienne, nous continuons le voyage. Heureusement, Jean-Guy, puise dans sa provision de débrouillardise et répare la rebelle de façon ingénieuse.

Nous faisons route vers Saint-Jean-Port-Joli. Le soleil nous sourit et nous en sommes ravis. Nous installons nos pénates au camping La Demi-Lieue. Ayant déjà fait une halte à cet  endroit l’été dernier, c’est avec ravissement  que nous revenons à nos anciennes amours.  Campés non loin du rivage, la vue superbe de cette longue et invitante nappe d’eau nous séduit à chaque fois. Toby, avec la fougue de sa jeunesse, raffole de cette eau et dans son innocence, essaie de croquer les vagues qui viennent se blottir aux creux de ses pattes engluées de varech.

( Un click sur les petites photos pour un agrandissement ) Nous renouons la relation d’amitié avec des gens rencontrés l’année précédente et tout serait merveilleux si Mère Nature ne faisait pas des siennes. Les nuages jouent à cache-cache avec le soleil et nous laissent très peu de répit. Le soir venu, le froid s’installe en grand seigneur et ne lâche pas prise, il persiste au point qu’il faut s’emmitoufler pour avoir l’impression d’être en période estivale. Ma parole ! L’été serait-il déjà terminé ? Toutefois, l’espoir surgit par intervalles comme les trouées dans un ciel bouchonné. Deux jours dans un tel paradis passent trop rapidement, mais nous devons poursuivre notre voyage. Demain, à la barre du jour, comme les Romanichels, nous explorerons un autre endroit aussi accueillant.

D’un commun accord avec mon conjoint, nous bivouaquons au camping Plage Trois-Pistoles pour une nuitée, le pays de Victor-Lévy Beaulieu. Même en voyage, nous devons nous sustenter. Alors avant d’établir nos quartiers, je fais mon plein de provisions au marché de la ville, tandis que mon mignon petit quadrupède, accompagné de son maître, recharge ses piles d’énergie en papillonnant autour de tout ce qui bouge.

En début de soirée, les nuages offrent maintenant leurs surfaces réfléchissantes à un soleil flamboyant qui bat en retraite derrière l’horizon. Cet orgueilleux déplacement de couleurs, dans toute son audacieuse splendeur nous laissent béats d’admiration.  C’est d’une beauté saisissante que nul ne peut connaître s’il n’est pas en contact et en harmonie avec cette féerie de couleurs étincelantes.

C’est le vingt juin et aussi le début du solstice d’été . En fouillant dans mes souvenirs, je me rappelle avoir lu quelque part que les anciens Celtes célébraient le solstice de l’été par les feux de l’amour et le culte de la fertilité, mais ils parlaient sans doute d’un été normal et non pas de celui que nous subissons présentement.

L’aube se lève sur un ciel lumineux et nous réveille tôt. Tout en sirotant le café matinal, nous consultons notre guide du camping. Après un choix qui nous semble judicieux, nous mettons le cap vers Matane et nous  jetons notre dévolu sur le Parc Sirois «La Baleine» pour bénéficier d’une nuit récupératrice.

Pélagie s’engage allègrement sur la route, mais peu avant Baie-des-Sables, elle prend le mors au dents et dévalle les pentes à une vitesse vertigineuse. Ouf ! le cavalier réussit à mâter sa monture affolée qui, dans une lueur de lucidité, ralentit doucement vis-à-vis un garage. Pfft ! nous l’avons échappé belle ! L’ingénieux mécano réussit par un tour de force à réparer temporairement la récalcitrante Pélagie qui n’apprécie pas spécialement se faire jouer dans son intimité. Le diagnostic du Dr D’auteuil se lit comme suit: Mme a la gaine métallique du câble de la commande des gaz désagrégée. Peut-on demander à une dame d’âge vénérable d’endurer un tel supplice? Oh, que non ! Elle mérite un traitement digne de ses années de service. Donc, elle devra revenir demain après-midi pour se faire insérer un nouveau câble importé expressément pour elle par avion, et ce, de Laval près de Montréal.

Pendant que la douairière passe au bistouri, Toby et moi allons batifoler sur le bord de la mer. Le premier se  prélasse dans les flaques d’eau enferrées entre deux rochers et s’évertue à me faire suer en croquant un tas de débris douteux.  Le vent dans les poils, le soleil dans les yeux en trottinant sur les bords sinueux d’une grève qui s’étire sans fin vous apportant cette brise et fraîche et vivifiante de la mer, rien de mieux pour rendre un chien heureux. Tout en jetant un oeil protecteur sur mon rejeton à poils, je me prélasse au soleil, les pieds dans le sable à la recherche de bois d’épaves.

Tant qu’à  faire souffrir Pélagie, mieux vaut en profiter pour une autre chirurgie, mais cette fois-ci mineure, on doit  lui insérer dans le crâne une antenne de télévision extérieure. Contrairement à nos hôpitaux pour humain dont le critère est d’être moribond pour y accéder, elle n’a pas attendu une seconde pour sa laparoscopie. L’intervention onéreuse, mais pas trop souffrante, a duré moins de trois heures et la patiente d’un jour regagne son gîte pour se laisser aller dans les bras de Morphée.

Nous déchantons vite en regagnant notre port d’attache, car on ne peut pas dire que le site impressionne, mis à part les vaches indolentes aux regards vitreux du cultivateur d’à côté et les perches titubantes, genre western, pour attacher les chevaux, seuls le fleuve et les jolies éoliennes nous apportent un élément de distraction. Hélas ! Malgré le manque d’enthousiasme face au terrain, nous prenons plaisir à nous délecter de la simplicité de ces beaux moments que la vie nous prodigue.

Le lendemain, la famille décide d’explorer le Centre-ville de Matane. Étant donné l’omniprésence du fleuve, cette dernière se décrit comme une ville maritime, et ce, pour ses installations portuaires, son chantier naval et ses fameux pêcheurs de crevettes. Au coeur de cette ville coquette, la rivière Matane (de son nom poétique en micmac signifiant: vivier de castor), se prélasse paresseusement avant de se jeter dans l’estuaire. Près de l’Hôtel de ville et du parc des Îles, la promenade des Capitaines nous permet de reluquer des pêcheurs de saumons et le Centre d’observation du barrage Mathieu-D’Amours. Toby, l’intrépide, n’écoutant que sa curiosité légendaire voulait voir de près les saumons. Pour ce faire, il n’a pas hésité une seconde à s’élancer dans l’eau cristalline pour ensuite venir s’ébrouer énergiquement sur ses maîtres.

Sous un soleil radieux, nous quittons avec une joie non feinte ce camping vieillot et sans âme pour pousser une pointe vers la ville de Gaspé. Pour arriver à destination, il nous faut emprunter la route  conduisant vers la Haute-Gaspésie. Au fil des ans, cette partie du Québec s’est affirmée de plus en plus comme une destination touristique. Chaque endroit nous plonge dans un panorama exceptionnel qui varie selon l’altitude et nous livre une partie de l’histoire de ce coin de pays à la fois sauvage et accueillant.

C’est avec émerveillement que nous serpentons cette route qui longe le littoral tout en regardant défiler de pittoresques petits villages incrustés tels des joyaux précieux dans des anses protégées par les monts Chic-Chocs qui font partie de la réserve faunique du secteur du Mont-Jacques-Cartier. Les imposants Mont-Saint-Pierre et Mont-Louis nous laissent pantois devant tant de beauté grandiose. Comme on se sent infiniment petit face à cette nature aux contrastes démesurés ! La saison étant encore jeune, nous n’avons malheureusement pas vu de ces audacieux hommes volants aux ailes multicolores voler librement au-dessus de la mer. Cependant, en juillet, ils planeront dans le ciel tels des goélands. Contrairement à Icare dont les ailes étaient fixées avec de la cire, ces intrépides ne risquent pas de chuter dans la mer par un soleil incandescent. Néanmoins, je les trouve téméraires, car un mauvais départ pourrait être fatal.

Grignotant mètres par mètres avec courage et ténacité, Pélagie en voit de toutes les couleurs, mais ne perd pas de sa superbe et continue vaille que vaille malgré les obstacles. La route en lacet et les interminables côtes semblables à de véritabes montagnes russes éprouvent rudement notre pauvre amie. Àprès 15 ans de loyaux services, il est normal qu’elle ait des bouffées de chaleur et je suis bien placée pour saisir son grand désarroi devant la flagrante et irrémédiable ménopause qui nous tombe dessus sans crier gare tel un rapace sur sa proie.

En cours de route, nous faisons une halte en bordure du chemin pour laisser Pélagie reprendre son souffle et à Toby de soulager un besoin pressant. En ouvrant la porte du frigo pour prendre une boisson gazeuse, fatigué de se faire brasser, le contenant de lait ventre ouvert vient s’échoir avec fracas sur le plancher. Il éclabousse généreusement tout ce qui se trouve sur son passage et laisse échapper à flots continus le précieux liquide blanc. Prenant mon courage à deux mains et essayant d’extirper le papier absorbant du rouleau, les deux pieds me glissent littéralement dans cette nappe visqueuse qui s’attarde partout et décide de dégouliner à l’extérieur. Je vous fais grâce des expressions employées, mais coûte que coûte, sous les regards de mes deux comparses amusés, je nettoie les dégâts avec résignation afin que nous puissions poursuivre notre itinéraire.

Enfin, contre vents et marées, comme une brave servante mue d’une indéfectible loyauté, notre bonne Pélagie nous a emmenés jusqu’à Gaspé où nous lui offrons au camping de Fort Ramsay une cure de repos bien mérité. Quelques jours de farniente pour refaire ses forces, c’est la moindre des choses. Bravo, ma fille!  mission accomplie et nous  sommes fiers de toi.

Cramponné sur un superbe promontoire, la levée du corps se fait dans un ciel sans nuage, le soleil, dans toute sa splendeur, nous enveloppe de ses chauds rayons. Tout en dégustant un café bien chaud, je contemple en contrebas l’eau calme de la baie qui me pousse à la dérive jusqu’aux bateaux inertes d’où j’observe munie de mes jumelles ces hommes amoureux de la mer, pêcheurs de père en fils, vaquer à leur occupation avec la détermination et la liberté qui les caractérisent.

Qu’il fait bon de sentir la brise nous effleurer lorsque nous dévalons les escaliers en paliers pour marcher sur la plage à la recherche de bois d’épaves. Il y en a à perte de vue arrimés à la terre pour leur dernier voyage et je n’arrive pas à faire un choix judicieux. Jean-Guy tient Toby en laisse, mais ce dernier veut sauter, courir à son aise et faire une saucette dans cette baie si invitante. Toujours aussi espiègle, après s’être prélassé dans l’eau jusqu’au ventre, il vient se rouler de tout son saoûl sur la grève en laissant sur son pelage des vestiges de toutes sortes. Comme une enfant en vacances, j’exhibe comme des trophés mes deux bois d’épaves qui, au grand dam de ma tendre moitié, se questionne, non sans raison, de quelle utilité seront ces bouts de bois rabougris. Pour toute réponse, je le gratifie d’un large sourire et nous revenons au bercail. Il faut croire que le coeur a des raisons que la raison ne connaît pas.

En fin d’après-midi, le ciel s’alourdit et les nuages déversent leur trop plein d’eau pour laisser place à une température plus fraîche, ce qui me permet de libérer mon trop plein d’imagination sur papier et par la suite, lire un bouquin intéressant.

Le lendemain matin, l’été semble enfin sortir de sa torpeur.  Un soleil buté perce la frêle nappe blanchâtre et brille de tous ses feux, mais une brise tenace refroidit quelque peu l’air ambiant.

Comme tous les matins, en bon père de famille, Jean-Guy se lève tôt, j’oserais même dire très tôt, pour satisfaire les besoins primaires de Toby. Ce dernier ne se fait pas tirer l’oreille longtemps, il adore, dans un rituel bien à lui, étirer consciencieusement tous ses muscles avant de faire sa ronde matinale. Je peux en dire autant de son maître, non pour ses étirements, mais je le soupçonne de mettre le nez dehors pour se délecter d’une divine cigarette dont il  a rêvé toute la nuit.

Que nous soyons en camping ou à la maison, faire la lessive s’impose et c’est avec mon baluchon sur le dos que je me dirige derechef vers le lavoir. La corvée terminée, nous partons explorer la ville de Gaspé sans oublier le lieu où l’aventurier ou  valeureux marin Jacques Cartier planta une croix au nom de François 1er, roi de France, le 24 juillet 1534. C’est du moins ce que l’on m’a appris à l’école du temps de mon enfance. Je ne nie pas ce fait historique, mais quand on me disait qu’il avait pour mission d’évangéliser les Peaux Rouges, je suis profondément outrée et scandalisée. De quel droit peut-on se prévaloir pour obliger un peuple riche de ses coutumes ancestrales et de sa religion bien personnelle à changer radicalement ses valeurs propres pour celle du conquérant ? Il faut drôlement être culotté pour agir ainsi au nom de la sacro-sainte religion! Hors de l’Église, point de salut. Heureusement que les temps ont changé et que notre Mère la sainte Église reconnaît qu’elle n’est pas le nombril du monde.

Toujours cantonnés à Fort Ramsay, nous fêtons la Saint-Jean à notre manière. C’est le repos du guerrier et nous laissons le soleil de ses rayons ardents nous hâler la peau tout en admirant à nos pieds la baie de Gaspé. Cette échancrure profonde du littoral qui crée un magnifique plan d’eau protégé par les montagnes et un abri pour les chalutiers surveillant la culture de moules  nous captive.

Après un déjeuner consistant, d’un commun accord, Jean-Guy et moi décidons de faire une tournée dans les parages et visiter le site du tournage de la populaire série  [L’ombre de l’Épervier] situé dans le parc Forillon. Étant donné que notre point d’attache est situé plus loin, on se doit de revenir sur nos pas pour s’engager dans le parc. Quand on s’introduit dans ce sanctuaire de la nature, une indicible communion se crée entre l’homme, la terre et la mer. Nous arpentons la côte   sauvage, rive où le sable doré vient s’épancher au pied des falaises escarpées, où les cormorans, telles des vigies pour les petits vaisseaux de pêche, viennent se poser sur les aiguilles de roc qui jaillissent de la mer. Toute cette splendeur imprime à jamais des souvenirs impérissables dans ma mémoire comme si la mer avait toujours été omniprésente dans ma. vie.

Commençant tout près du havre de pêche, un chemin asphalté parcourt la grave de Fruig, passe par le magasin Hyman (la puissante Robin établie depuis les débuts de 1700) et la maison Blanchette que l’on visionne dans le téléroman L’Ombre de l’Épervier. Tout en cheminant, cette fois-ci sur une chaussée accidentée de gravier, apparaît à un tournant la maison de la Louve. La maisonnette ainsi que les dépendances qui ont servi de décors sont toujours en place ainsi que l’illustre escalier qui nous conduit sur la grève idyllique varlopée par des vagues écumantes, témoin silencieuse de nombreux ébats amoureux. Tous ces points nous font revivre en imagination la vie rude, mais extrêmement enrichissante de ces pêcheurs de morues  par le biais du  merveilleux roman d’amour de Pauline et de son Noum.

Encore fortement imprégnés d’histoire et de ces prises de vues si exaltantes, il nous est difficile de s’arracher de cet endroit pour amorcer notre destination vers Percé. Cependant, le vaste paysage défilant sur une route sinueuse met en scène à chaque courbe un spectacle impressionnant et sans cesse renouvelé.

Habités jusqu'à la moelle par ce  ravissement, nous nous acheminons vers notre but. Il faut préciser qu’à l’instar de Gaspé, beaucoup de petits villages sont maintenant annexés à la ville de Percé. Avant d’arriver à Percé par la route 132, et pour le plaisir des yeux, un chapelet de villages typiquement gaspésiens défile harmonieusement le long de la côte, tels : Prével, Saint-Georges-de–Malbaie, Coin-du-Banc.

Dès les années 30, le petit village de Percé attirait  les voyageurs de partout.  Depuis ma dernière visite en 1976, cette petite ville balnéaire a beaucoup changé. Une multitude d’activités se sont ajoutées, et ce, pour la plus grande joie des touristes. Cependant, malgré tous ces chambardements, le fabuleux rocher Percé et de l’île Bonaventure avec ses milliers de fous de Bassan ne nous laissent jamais impassibles surtout quand nous arrivons par le nord de Gaspé. Du haut de la côte, les mots n’arrivent pas à traduire notre émotion face à tant de stupéfiantes prises de vue.

Revenus de nos émotions, nous dénichons un sympathique petit camping, le Havre de la Nuit, situé directement sur le bord de la mer dans une anse paradisiaque où l’on peut observer  presque sans arrêt les baleines et rorquals se mouvoir dans un ballet gracieux de concert avec une  myriade de fous de Bassan qui tournoient, survolent en rase-motes et plongent à une vitesse fulgurante autour de ces doux géants pour se disputer leur ration de capelans. Je scrute continuellement la mer comme si je cherchais à découvrir le secret de ce phénomène qui me laisse sans voix.

Toujours à l’affût de photos exclusives, Jean-Guy ne perd pas une ( Ce que vous voyez en blanc, ce sont des colonies de fous de bassan ) minute et caméra en bandoulière s’embarque sur le Tour-de-l’Île pour fixer sur pellicule le célèbre Rocher-Percé ainsi que le tour de l'île Bonaventure. Dans sa hâte de prendre le bateau, la question ne lui est jamais venue de savoir s’il avait le pied marin. Heureusement pour lui, tout s’est bien passé.

Ce matin, nous faisons connaissance avec des gens d’un commerce très agréable, Monique et Marcel Méthot ainsi que Ginette, Philippe Tessier et Denis Amyot (notre Capitaine Homard). Au fil de la journée, nous faisons plus ample connaissance et une chimie bien particuliere s’installe entre nous. Sous un ciel radieux à souhait, nous discutons de mille et une choses dont une en particulier l’envie collective de goûter du homard fraîchement capturé pour le souper. Cependant, deux couples sur trois n’ont aucune notion précise d’apprêter ces succulentes bestioles marines. Ce qui freine grandement notre ardeur devant une telle énigme.

Cette invite n’est pas tombée dans l’oreille d’une sourde. Monique, notre « Soeur Berthe », nous offre dans sa grande générosité de nous prodiguer le cours 101 sur l’art très subtil de préparer et faire cuire du homard fraîchement extirpé de son habitat naturel.

Le groupe écoute religieusement la façon de parer ce délicieux crustacé à la manière des Madelinots. Toujours sous la férule de l’experte Monique, l’auditoire est toute ouïe et regarde attentivement la manière de reconnaître le mâle de la femelle. De la théorie, nous passons à la pratique en plongeant à tour de rôle notre victime vivante tête première dans l’eau de mer bouillante sous les regards attentifs de Monique et Marcel. Les bêtes cuites, nous les faisons rôtir quelques instants au four et les voilà prêtes à être dégustées.
Conscients de notre ignorance dans ce domaine et assis bien sagement à table, nous attendons que notre enseignante passe à la leçon 102, voire comment décortiquer notre proie afin d’en extirper la chair savoureuse sans toutefois avoir l’air trop ignares. Les temps ont certes changé, mais j’avais la nette impression d’être revenue au temps des cavernes où le chasseur de mammouths déchirait avec ses mains la chair savoureuse pour l'engouffrer goulûment dans sa bouche.

Trêve de plaisanteries, le vin aidant, nous nous sommes gavés et amusés comme des petits fous et nous ne sommes pas prêts d’oublier ce festin en plein air qui s’est terminé dans l’allégresse par un généreux feu de camp.

Le lendemain matin, la chance nous sourit une fois de plus, le soleil se montre timidement le bout du nez, mais il s’obstine à transpercer les nuages. Vers la fin de la matinée, Denis nous offre une visite guidée au mont Sainte-Anne. Avec empressement, nous nous engouffrons dans sa luxueuse quatre roues motrices et grimpons cette cime qui domine Percé. Arrivés au faîte, notre joie se fond avec la brume. Elle est si dense qu’il nous est impossible de discerner le paysage en contrebas. Pendant un bon moment, nous attendons un trou dans les nuages pour graver des images d’une rare beauté, mais il faut se rendre à l’évidence, aucune photo ne peut être prise de là-haut. Nous redescendons vers l’observatoire et de là, Jean-Guy capte des prises de vues époustouflantes. Submergée par une terrible sensation d’extase, je ferme un instant les yeux pour mieux enfouir dans les profondeurs de ma mémoire ces moments uniques. En revenant sur nos pas, nous découvrons une grotte agrémentée d’une cascade d’eau fraîche et limpide dégoulinant des hauteurs d’un de ces innombrables rochers et polissant sur son passage des cailloux blancs. Toby ne rate pas l’occasion de boire tout son soûl et courir en tous sens dans cette eau alléchante. L’après-midi, tout en revenant du magasin général sis en surplomb de la route 132, je me dirige vers la roulotte des Tessier et nous bavardons tant et si bien que je ne vois pas le temps passé.

À la brunante, nous interceptons Denis au vol pour le saluer avant son départ, car ce dernier s’en retournera demain aux premières lueurs du jour pour Montréal.

Après une nuit de sommeil bercés par le bruit de la mer, nous nous levons avec le chant des oiseaux. Le déjeuner achevé, tout en dégustant mon café, j’écarquille les yeux pour mieux scruter le jeu des mammifères marins qui ne cesse de me captiver. Un peu plus tard, dans la matinée, nous faisons nos adieux à Ginette et Philippe qui prennent la direction opposée à la nôtre. En après-midi, nous faisons une tournée des boutiques à la recherche de quelques souvenirs. Comme j’ai développé une prédilection pour les pierres fines et semi-précieuses, je fouine dans une boutique où je déniche une demi-roche de grosseur respectable provenant du Mont–Lyall renfermant dans sa gangue une agate. Un trésor précieux qui s’ajoute à ma modeste collection.  Par la même occasion, j’apprends que c’est grâce à la découverte en 1987 de Monsieur Val Côté, prospecteur minier de Cap-Chat si je possède cette authentique roche. Cette dernière provient de la seule mine d’agate découverte en Gaspésie et unique au Québec. Le gisement du Mont-Lyall se situe dans la réserve de Chic-Chocs, à proximité du parc de la Gaspésie.

Nous partons tôt ce matin pour descendre tranquillement le flanc sud de la péninsule gaspésienne. De riches paysages typiquement côtiers enjolivés de villes et villages  parsèment notre itinéraire. C’est ainsi que nous visitons  Grande-Rivière, Chandler, Pabos Mills, Newport (endroit où vécut La Bolduc), L’Anse-aux-Gascons, Port-Daniel, Saint-Godefroi, Hope, Paspébiac (en micmac: la batture rompue), New-Carlisle et Bonaventure. Chacun de ces lieux se distingue particulièrement à travers les différentes ethnies par qui il a été peuplé.

Nous faisons halte à Bonaventure pour quatre jours au camping municipal de Beaubassin qui fait foi en même temps de plage municipale. Enclavé entre la mer et la marina où se dandinent de superbes voiliers, le site immense et aménagé en dix îlots aux noms évocateurs des premières colonies françaises d’Acadie se veut un oasis de repos. De longues herbes se blottissent au long de la plage afin d’y puiser l’humidité qu’absorbent les vents desséchants.

Après avoir fait le tour du territoire assigné, nous visitons Bonaventure. Fondé en 1760, au coeur de la Baie-des-Chaleurs, cette dernière a conservé ses couleurs acadiennes qui se reflètent tant dans l’hospitalité de ses gens et leur accent que dans l’originalité de son patrimoine architectural. Il ne faut surtout pas oublier que Bonaventure, après l’horrible déportation des Acadiens, constitue l’un des plus importants bastions acadiens du Québec. En faisant halte dans la région, les Leblanc, Amirault, Allard, etc. ne peuvent nous laisser indifférents, car les patronymes des gens d’ici, rues et institutions rappellent constamment à plusieurs d’entre nous nos origines acadiennes.

Lors de notre visite au musée acadien, nous échangeons avec Marcel Arsenault artisan et animateur des lieux. Je me le présente comme un artiste très chaleureux, point avare de son temps et qui explique avec passion son art des miniatures. Il faut avoir la foi du charbonnier et beaucoup de dextérité pour reproduire une ville en miniatures. L’étalage de ces chefs-d’oeuvre en plus de l’exposition permanente intitulée « L’autre Acadie » représentent d’une manière réaliste l’implantation de la souche acadienne dans la Baie-des-Chaleurs.

En sortant du musée, nous apercevons près du quai nos amis Marcel et Monique qui viendront s’installer au camping pour une nuitée. La soirée s’annonce bien, un paisible coucher de soleil nous repose de la journée. Tout en bavardant avec nos amis, nous apprenons à mieux nous connaître par le biais de nos familles respectives.

En ce premier juillet, le soleil a toujours rendez-vous avec la mer et nombreux sont les gens qui s’amènent sur le terrain pour enfin profiter de ce temps de repos bien mérité. Il faut dire que nous n’avons pas besoin de cadran pour nous extirper du lit le matin. Toby, en bon chien, fait office de réveille-matin en nous signifiant à l’aube qu’il est temps de se lever et de penser à sa petite personne. Il affiche un tel zèle qu’il nous est impossible de se méprendre sur ses intentions.

À l’aube, un tintamarre nous parvient de la jetée tout près du camping. En se rendant aux nouvelles, nous apprenons qu’un événement de taille s’organise; c’est la traditionnelle traversée en canots de Bonaventure jusqu’à Caraquet. La température clémente favorisent ces longues embarcations escortées de plusieurs yatchs de plaisance de tout acabit. C’est la fête régionale tant attendue pour les fervents de ce sport d’équipe.

On dit que tous les goûts sont dans la nature et ne sont pas à discuter, c’est un fait indéniable. Que ce soit sur la route ou dans les aires de camping, nous repérons différents attelages. Certains d’entre eux sont pour le moins originaux, ingénieux et ne manquent pas d’attirer l’attention. Quoiqu’il en soit, l’important c’est d’être en harmonie avec soi-même.

En après-midi et en soirée, voulant sans doute épancher ses états d’âme, un chanteur d’occasion se croit obligé de nous les faire partager. Ces complaintes larmoyantes et dépassées à la manière du soldat Lebrun de ma jeunesse n’ont rien d’émoustillant. Pour rehausser le tout déjà assez pénible à supporter, un copain s’amène en renfort avec de volumineuses boites de son et le concert continue au son de la voix braillarde et nasillarde de notre artiste tout heureux de sa prestation.

Heureusement, cette éprouvante journée s’achève paisiblement dans la lumière déclinante. Encore abasourdis par tant de générosité musicale, nous sombrons  dans un sommeil profond. Cependant, l’inexorable avance de la nuit annonce le début d’un feu d’artifice dans la ville de Bonaventure située à un kilomètre du gîte. Toby, bien calé dans son fauteuil et dormant comme un loir sursaute au premier coup de pétard et vient se réfugier tremblotant près de sa mère adoptive. Je ne peux résister à ses petits yeux expressifs semblables à deux billes noires. Je me lève de mon céans et réconforte mon toutou tandis que son maître confortablement allongé contemple par la fenêtre les magnifiques gerbes au mille et une couleurs qui explosent sur la toile de fond du firmament.

La matinée se déroule dans la quiétude et la lecture. Toby, toujours aux aguets pour quémander des caresses  se voit récompensé par l’arrivée de petits enfants qui lui prodiguent des câlins.

Les voyages forment la jeunesse et les incidents forgent le caractère. Jean-Guy dans un élan de générosité proclame, à ma grande satisfaction, qu’il prépare le souper. Je lui fais entièrement confiance, car il s’y connaît très bien dans l’art de concocter des petits plats attrayants. Néanmoins, peut-être trop rassuré sur ses prouesses, en voulant déposer son assiette de macaroni dans le four micro-ondes, il s’accroche malencontreusement et le généreux contenu va choir brutalement sur le plancher en éclaboussant largement l’intérieur du motorisé. Le monsieur n’est pas heureux de sa piètre performance et le fait savoir par quelques mots juteux qui s’apparentent aux termes de la sacristie. Il ne nous reste plus qu’à réparer les dégâts qui s’ajoutent à mesure que nous nettoyons. De plus, les tentures ainsi que le couvre-lit doivent se faire purifier, car des traces abondantes et palpables de sauce tomate les décorent à la Picasso.

Ce matin, le ciel crache bénévolement un mélange de pluie et de brume formant un cocon opaque autour de la stoïque Pélagie. Rien ne presse les voyageurs que nous sommes et nous faisons contre mauvaise fortune bon coeur. Même Toby n’apprécie pas cette température maussade et préfère se lover confortablement dans son fauteuil de prédilection. Tout en regardant ce temps lugubre dans son effrayante solitude, je laisse surgir mes états d’âme enfouis au plus profond de mon être et les traduis sur mon précieux portable qui me sert de journal intime.

Lorsque la journée  vieillira quelque peu, nous irons vers une autre destination, soit celle de Tracadièche ou Tracadière (en micmac: lieu où il y a beaucoup de hérons), aujourd’hui Carleton en l’honneur du général Guy Carleton, gouverneur de la province de Québec.

 Cette ville, comme tant d’autres en bordure de la Baie-des-Chaleurs, a vu le jour lors de l’arrivée en terre québécoise de ces infortunés mais non moins valeureux Acadiens cruellement déracinés de leurs terres d’origine. Bannis comme des parias lors de leur déchirante et injuste dispersion  des provinces maritimes, plusieurs d’entre eux, et ce, au prix de mille et une difficultés sont venus s’établir le long du littoral qui leur rappelait leur Acadie perdue.

Avantageusement situé sur un bras de terre qui s’avance dans la mer (petite presqu’île qu’on appelait autrefois une barre à choir), le camping de Carleton nous offre une vue extraordinaire à la fois sur les montagnes, la ville au cachet particulier et les flots bleus de la Baie-des-Chaleurs.

Comme c’est devenu un espèce de rituel, nous visitons le terrain et ensuite, nous explorons la ville et ses alentours. On y remarque un développement toujours grandissant d’infrastructures hôtelières et de services que l’on trouve en nombre et en qualité. Il y en a pour tous les goûts, même pour les plus difficiles. Je lève mon chapeau à ces gens ingénieux qui savent composer avec leurs conditions géographiques et les mettre à profit.

Jean-Guy, dans son investigation coutumière, a tôt fait de repérer des connaissances du Nouveau-Brunswick et comme le monde est petit, il se découvre de la parenté.

Toujours en sirotant mon café matinal, je laisse errer mon regard sur le mont Saint-Joseph et je découvre avec stupéfaction juchée sur sa cime un oratoire datant de 1935. Descendant un palier plus bas, j’admire ces vallons dont les champs bien découpés ressemblent à des courtepointes multicolores. Aux pieds des monts Saint-Joseph et Carleton, je regarde d’un air extatique la ville de Carleton-sur-Mer s’étirant langoureusement le long de la Baie-des-Chaleurs.

Que ce soit à pied ou à vélo, nous découvrons des attraits particulièrement intéressants en se promenant autour du barachois de Carleton-sur-Mer. Comme je m’intéresse de plus en plus aux oiseaux, je suis comblée. Je peux observer à ma guise la sauvagine, les oiseaux de rivages marins tels la sterne et le grand héron et une importante colonie de sternes pierregarin ayant élu domicile à l’extrémité du Banc de Carleton. Au bout de la pointe Tracadigash, le phare incarne une grande  importance pour les gens de la mer ainsi que le commerce maritime.

Comme un enfant qui va à la chasse au trésor, je parcours la grève à la recherche d’agates et de jaspes, mais je me rends vite à l’évidence, d’autres ont passé avant moi et je reviens bredouille.

Ce soir, le ciel furieux est d’un noir d’apocalypse et nous cache perfidement la lune et les étoiles. La mer en furie poussée par un vent dément déferle sur le rivage ses vagues mousseuses et agitées.

Au réveil, nos yeux s’ouvrent sur un ciel bouchonné de nuages compacts et bien décidés à ne pas nous laisser entrevoir la moindre parcelle de rayon solaire. Le hurlement continu du noroît épuise au plus haut point Pélagie qui s’évertue à garder son équilibre malgré les bourrasques incessantes qui l’assaillent. Confinée dans notre maison sur roues, je me détends en laissant vaguer sur mon portable mon imagination  débordante.

Enfin, à la barre du jour, le soleil se décide à éventrer ces perfides boules d’ouate de couleur douteuse et menaçante. Je lui en rends grâce et souhaite de tout mon être qu’il tiendra le coup. Un vent têtu souffle toujours et nous empêche d’apprécier à sa juste valeur cette vue imprenable.

L’heure du départ a sonné et nous battons pavillon pour Miguasha. Dans le dépliant de renseignements, on stipule que la découverte de ce site remonte à 1842 par le Dr Abraham Gesner. Cependant, Claude Le Bouthillier dans son roman Les marées du Grand Dérangement fait mention d’un certain abbé Joseph-Mathurin Bourg, prêtre désigné auprès des Acadiens implantés sur le bord de la Baie-de-Chaleurs. Ce dernier, dans les années 1778  collectionnait déjà des fossiles qu’il dénichait sur la falaise de Miguasha, non loin de sa résidence de Bonaventure, à quelques lieues de l’endroit où s’était déroulée la bataille navale de la Ristigouche qui, en 1760, avait scellé le sort de la Nouvelle-France. De plus, il mentionne qu’il collectionnait ces fossiles comme des reliques et je le cite:[Ma collection est comme une vitrine où je peux admirer des espèces primitives datant d’une époque où la Gaspésie était encore recouverte d’eau. J’ai même trouvé des poissons qu’on retrouve aussi sous les tropiques.]

De toute manière, une visite dans ce sanctuaire paléontologique invite chacun de nous à nous questionner sur l’évolution des espèces, car certains poissons témoignent du passage évident de la vie aquatique à la vie terrestre chez les vertébrés. Moult théories scientifiques et religieuses nous ont été suggérées, mais chose certaine, la vie a commencé quelque part. Où ?  Quand ?  Comment ? Personne encore ne peut répondre catégoriquement à cela. Personnellement, je crois que nos origines proviennent de la mer. Ne serait-ce pas plus logique que de provenir d’une vulgaire motte de terre?

De Miguasha, nous côtoyons le littoral de la baie et traversons le pont qui nous mène à Campbellton, porte d’entrée des provinces de l’Atlantique, où nous faisons une halte au centre provincial d’informations du Nouveau-Brunswick.  En sortant du local, mes yeux se dirigent vers les cascades d’eau qui se déversent dans un petit bassin surmonté d’une imposante sculpture représentant un gigantesque saumon argenté surgissant avec force de l’eau limpide. Quel superbe  agencement  aux effigies de la ville !

Comme nous longeons la route 134, nous campons à Dalhousie, là où la rivière Restigouche s’écoule dans la baie des Chaleurs. Cette ville, située au pied de la chaîne des Appalaches, évoque de par son histoire la dernière bataille navale entre Anglais et Français pour la possession du Canada en 1760.

Nous choisissons la plage du parc Inch Arran pour bivouaquer. Pour nous souhaiter la bienvenue et nous faire apprécier ce petit bijou de camping, le vent s’éteint comme par enchantement et le soleil généreux embrase la mer de ses rayons.  Après un copieux souper, nous déambulons joyeusement sur une longue promenade aménagée avec un goût recherché et érigée en plate-forme au-dessus de la plage. De par sa créativité, la municipalité de Dalhousie peut se vanter d’avoir créé une aire des plus attrayantes pour les citadins et les visiteurs. En revenant de notre promenade, sous la surveillance d’une lune accueillante escaladant la voûte étoilée, nous regagnons Pélagie qui nous accueille avec sa chaleur habituelle.

Comme à l’accoutumée, Toby se réveille à l’aube et insiste pour que ses maîtres jouissent d’un lever de soleil étalant sa palette de couleurs. Il n’a pas tort, car dans la matinée, d’espiègles nuages et un temps frisquet réussissent à ternir la jeune matinée. Qu’à cela ne tienne, Jean-Guy parcours nos états généraux en tous sens et photographie les principaux attraits qui s’offrent à ses yeux même si la luminosité n’est que très médiocre.  À quoi sert de gémir quand on peut dormir! Je lorgne le lit puis dans un élan irrésistible, je m’affale avec délectation sous mon édredon et glisse dans un sommeil abyssal.

En début d’après-midi, la température s’assagit en devenant plus raisonnable. Cet accalmie nous permet de marcher sur la plage si invitante et d’explorer à fond tous les recoins accessibles. Toby, muté en chien renifleur, flaire chaque parcelle de roches et tiraille désespérément sur sa laisse pour accéder aux rochers proéminents et visqueux à marée basse.

 Un héron attire mon attention et tout en le suivant des yeux, je découvre un rocher important dont l’érosion tel un artiste a sculpté de façon magistrale une arche extraordinaire qui porte bien son nom, c’est-à-dire Arch Rock. Non loin de là, se trouve une autre formation rocheuse trouée en son centre, mais juste assez large pour que j’y puisse m’y engouffrer au grand plaisir de Toby la Terreur qui me talonne de près. La grisaille, le temps trop frais pour cette période de l’année et le crachin viennent flétrir cette fin de journée. Quel gâchis pour des vacances

Nous quittons à regret la beauté de ces lieux, car nous devons poursuivre notre chemin qui nous guidera jusqu’aux Îles Lamèque et Miscou.

Le rire, la joie, la danse et l’activité physique sont au centre de la fête à Lamèque, car nous arrivons en plein coeur du Festival Provincial de la Tourbe. Les Acadiens sont reconnus pour être têtus, libres d’esprit et avant-gardistes. Ce n’est donc pas surprenant qu’ils aient développé l’industrie de la tourbe dans ce coin de pays.

Blotti dans une anse de la Baie-des-Chaleurs,  nous dénichons un camping de rêve au nom de la Petite Lamèque. Quelle ne fut pas notre surprise ! Nous étions loin de nous attendre à voir un si bel emplacement. Comme oasis de paix, de verdure et d’eau, on ne peut trouver mieux et c’est dommage, car cette île acadienne, un des bastions de nos ancêtres acadiens et située en retrait de la route panoramique n’incite pas le voyageur à faire le détour.
 

Une plage admirable s’enroule joliment autour de la petite baie où l’onde se prélasse au gré d’une brise clémente. Je détaille avec curiosité et intérêt l’élégance et la grâce de ces paisibles hérons qui barbotent avec aisance dans cette nappe liquide tout en ingurgitant la manne généreuse sous leurs pieds.  Pareil aux grands échassiers, muni d’une pelle, les pieds chaussés de bottes, un chasseur de fruits de mer pataugeait en toute quiétude dans l’eau boueuse afin de dégoter  avec frénésie les succulentes coques enfouies dans la vase.

En soirée, avant de se perdre derrière un rideau de nuages, le soleil nous nargue en plongeant sur la baie des étincelles incandescentes qui enflamment la mer d’une lumière orangée.

De l’île Lamèque, je souhaite ardemment aller jusqu’au bout du nord-est du Nouveau-Brunswick. Depuis des années déjà, j’aspirais découvrir Miscou, la toute dernière île qui sépare les eaux entre la Baie-des-Chaleurs et le Golfe Saint-Laurent.  Mon conjoint, sans être trop enthousiaste, n’hésite pas une seconde et nous démarrons vers cette terre séparée du continent par un pont datant de 1996.  Avec son phare, un des plus vieux encore en usage aux Maritimes, ses kilomètres de plages dorées, parsemées de  dunes et ses réserves d’oiseaux, cette île est un refuge idéal pour ceux qui vivent en symbiose avec la nature. Je promène mon regard d’amont en aval et je contemple avec euphorie cette immense étendue d'eau agitée dont les vagues vomissent leur écume autour des rochers en saillie.

Les gens d’ici savent interpréter la température mieux que quiconque. Quand on voit avec netteté l’île Bonaventure se trouvant en droite ligne de l’autre côté, c’est que le mauvais temps se prépare et que bientôt une bordée nous tombera dessus. Je n’ai aucune difficulté à croire cette lecture du temps, car les êtres vivants en contact intime avec la nature connaissent tous les signes avant-coureurs d’une tempête ou d’une accalmie bienfaisante.

En descendant vers Shippagan , des bateaux de tous genres, vêtus de leurs plus beaux atours, se pavanent fièrement dans la baie. Nous traversons tranquillement cette ville côtière animée aux multiples facettes qui célèbre son Festival des Pêches. Le temps est à la réjouissance et les gens du pays fraternisent entre eux.

Nous arrivons à Tracadie-Sheila où l’aventure se vit le jour et l’atmosphère bourdonne la nuit. Une autre de ces villes acadiennes qui transpire par tous les pores de sa peau cette insatiable joie de vivre. Cependant, comme le temps se chagrine de plus en plus jusqu’à devenir maussade et pluvieux, nous nous pressons de continuer notre chemin et suivre le littoral jusqu’à Val Comeau. Le camping est situé en retrait de la route principale et inséré entre la pleine mer et une sorte de petite baie. Entre deux ondées de courte durée, nous nous installons face à la baie en savourant le spectacle des bateaux de pêcheurs mêlés aux embarcations de plaisance qui glissent sur des eaux calmes tels des cygnes voguant allègrement sur les eaux bleues. À mon avis, rien ne peut rivaliser avec la mer. C’est pourquoi le lendemain matin, au-delà des dunes importantes, nettoyées par le flux et le reflux constant des vagues, nous allons pour une dernière fois, humer l’ai marin et immortaliser ces plages de sable blanc qui s’étendent à l’infini.
 
 

Deux jours dans la flotte à se questionner sur un été anormal avec sa froidure et son crachin, cela devient presque une question existentielle. Nous plions bagage et filons vers Miramichi. Nous faisons une halte dans cette ville, car un petit creux nous tenaille. Après s’être ravitaillé, nous sommes en mesure de traverser d’est en ouest le Nouveau-Brunswick. Cette étape ne s’avère pas de tout repos. Nous roulons sur une route cahoteuse suite à au passage incessant de mastodontes qui l’ont criblée de trous béants. Elle exhibe d’innombrables et affreuses plasties qui rétablissent gauchement son anatomie d’antan. Pélagie n’en finit plus de négocier des courbes en épingle et grimper courageusement ce que son conducteur appelle des petites collines. Après plus d’une heure de ce rude traitement, nous avons la nette impression d’avoir l’estomac dans les talons tant la digestion se fait rapide et le trajet est loin d’être terminé.

Quelques kilomètres avant d’arriver à Grand-Sault, comme pour se moquer de nous, la route devient carrossable au grand soulagement de l’équipage. Nous faisons halte au Paradis de la petite Montagne, un camping fort agréable à découvrir pour ses multiples attraits.

En partant du camping, nous revenons sur nos pas pour découvrir le barrage hydroélectrique, la gigantesque chute de 75 pieds et descendre au fond de la gorge qui est d’une longueur de 1,5 kilomètre. C’est à la gorge de Grand-Sault que le fleuve Saint-Jean se métamorphose tel un monstre en un pernicieux torrent. En plus du fleuve, plusieurs rivières se transforment en une nuée blanche à mesure qu’elles se précipitent dans le profond ravin. Quelques 253 marches avec paliers nous facilitent la tâche. Des hauteurs, descendre ne présente pas de problème, mais remonter le tout à la cadence de Toby devient un essoufflant marathon. Heureux d'être enfin sur le plancher des vaches, ce cher toutou ne rouspète guère pour s’embarquer dans le motorisé et s’écraser haletant comme une locomotive sur les genoux de sa maman.

Bien des gens se rendent en pèlerinage à Ste-Anne-de-Beaupré, le nôtre, c’est à Edmundston, (autrefois P’tit Sault), au camping Panoramic. Nous récidivons pour la deuxième fois et sommes très heureux de retrouver « Bob », le sympathique propriétaire du domaine. Comme c’est la fin de semaine du Noël des Campeurs, nous nous faisons une joie de participer aux festivités. Étant de passage, un groupe de motocyclistes rentrent gaiement dans la ronde et ouvrent la parade du Père Noël avec leurs rutilantes motos décorées pour l’occasion. Toby, l’entité canine chéri, a droit à son premier vrai os. Quelle joie de voir notre chiot prendre possession de son inestimable trésor et de le ronger avec une évidente délectation !
 

Hélas! Le temps consacré à ce magnifique et enrichissant voyage tire à sa fin et nous retournons chez nous la tête farcie de belles images et de souvenirs à tout jamais gravés dans notre mémoire.

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